Bon, retour à la case chômage, on sent que ça devient une passion chez moi. Depuis un mois et demi, presque deux maintenant, je recommence à chercher du taf. Malheureusement, j'en suis arrivée à un stade où je ne sais pas vers quel domaine me tourner, mais là n'est pas mon propos du jour. Non.
Aujourd'hui, mes petits poulets, j'ai envie de vous parler des fameuses et oh combien inutiles lettres de motivation. Tout être humain qui un jour a du chercher un emploi a été confronté à l'angoisse de la page blanche redoutée de tous les grands écrivains, sauf que lui, le chômeur, il est même pas sûr de toucher de la thune si il arrive à la remplir sa putain de page. (L'écrivain non plus, certes mais j'ai l'impression qu'il a quand même plus de chance que le chômeur...bref.)
Et oui, mes chers enfants, moi, Leeloo, 25 ans, je ne sais toujours pas faire une putain de lettre de motivation.
Un CV passe encore, j'veux dire, c'est tout de même pas très compliqué de se souvenir des boulots qu'on a eu dans sa vie, de ses diplômes, des langues qu'on sait plus ou moins parler, des logiciels qu'on sait plus ou moins utiliser...C'est à la portée de tout le monde. Mais une lettre de motivation, non.
Je sais remplir des pages et des pages de connerie pure, je sais rédiger des articles de six colonnes avec photos trois colonnes, légende, titre, chapô et compagnie, mais une lettre de motivation, non, je sais pas faire.
J'ai toujours l'impression d'être complètement illettrée quand j'écris ce genre de truc. Je suis incapable de formuler les choses simplement, sujet-verbe-complément, comme on me l'a gentiment appris à l'école depuis des années. Et vas-y que je te fais des tournures de phrases pourries, et vas-y que je te torture des siècles de grammaire française, et vas-y que je t'emploie invariablement les mêmes mots toutes les deux phrases (je me suis rendue compte que j'aimais beaucoup le mot "également" et la phrase " je serai ravie de mettre à profit", bordel, c'est nase...)... Je suis une erreur ambulante quand il s'agit de lettre de motivation, vraiment, on dirait un enfant de CP et je pense que j'écrivais mieux en CP.
Quand je lis mes lettres de motivations, je me dis que si j'étais recruteur, je ne m'embaucherai pas. Surtout pour une gonzesse qui essaye de bosser dans la presse écrite, qui essaye péniblement de vanter ses qualités rédactionnelles à tout bout de champs et qui se retrouve à écrire des trucs comme "Forte d'une expérience de trois ans dans la presse écrite, je serai ravie de mettre à profit cette expérience pour votre journal/magazine"... mais quelle honte !
Comment ils font les autres en vrai, sans déconner ? C'est pas que je ne sois pas motivée pour bosser au contraire, mais dès que je lis "Envoyer CV et lettre de motivation à Mme Bidule", je me retrouve paralysée comme une connasse devant ma page Word à me demander comment mettre en place les idées que j'ai dans la tête, les formuler correctement pour le Mme Bidule, quand elle lira cette lettre, n'ait pas l'impression de se retrouver face à une débile profonde...
Y'a rien de plus paralysant pour moi que ces saloperies de lettres de motivation. Exercice terriblement hypocrite, on doit systématiquement prouver qu'on est le meilleur pour vendre des pains au chocolat chez Monsieur Paul le boulanger tout en faisant subtilement comprendre à Monsieur Paul le boulanger que sa boulangerie est la meilleure du monde. Parce que c'est ça aussi la lettre de motivation : faire croire que l'entreprise chez qui on postule nous parait tellement le top du top qu'on ose à peine postuler chez eux, qu'en fait on devrait pas s'en donner la peine, qu'on mérite pas, on mérite pas, on est tout petits, on est à chier ! (référence inside), mais que si elle nous faisait l'honneur de simplement nous recevoir pour nous ridiculiser dans un entretien d'embauche on serait le plus heureux du monde et on en sortirait grandi, presque on le mettrait sur notre CV pour la prochaine tentative d'embauche.
J'ai fait un rêve, mes frères, mes sœurs, j'ai fait le rêve qu'un jour, les entreprises arrêteraient de nous demander de leur sucer la bite pour rentrer chez elles et se baseraient seulement sur nos compétences pour nous donner une chance de faire nos preuves. J'ai fait le rêve qu'un patron, un jour, se réveille et se dise, "Aujourd'hui, le mec ou la nana qui m'enverra la lettre de motivation la plus sincère sera celui que j'embaucherai". Parce qu'à ce moment là, voilà à peu près ce que je lui dirai à ce patron (-salaud-le-peuple-aura-ta-peau!) :
Madame, Monsieur,
Vous savez, j'ai pas de boulot et j'aimerai en avoir un, ça me parait une bonne idée.
Je vous arrête tout de suite, j'en ai eu des jobs hein, je suis pas employée de la dernière pluie, je sais ce que c'est de bosser.
Tu vois (oui, on va se tutoyer, passons les politesses d'usage, on va certainement finir par bosser ensemble alors plutôt que tourner autour du pot, allons-y gaiement!), tu vois, je disais donc, j'avais un job avant, mais le problème, c'est que mon boss était un gros con. Je sais pas si toi, tu te vois comme un gros con, ça je te le dirai à la limite quand tu m'auras embauché, mais je ne pense pas qu'aussi con que tu puisse être, tu lui arrive à la cheville. C'est pour ça que je me suis barrée, que j'ai pris le risque (je suis une personne courageuse tu vois) de me retrouver au chômage, sans indemnités ou presque, pour trouver mieux ailleurs, et ailleurs, je suis sure que c'est chez toi.
Depuis que je suis majeure, je travaille. Tous les étés d'abord, comme une gentille étudiante qui veut en prendre de la graine en allant vendre du pain dans une épicerie à des hollandais (des hollandais, merde, tu te rends compte!), ou à des vieux (encore pire, sauf si t'es vieux, à ce moment-là, respect). J'ai même compté les bouteilles de shampooing dans des supermarchés, des fils de lunettes dans des magasins de sports, servi du pâté à des chasseurs bourrés, servi du foie gras à des mariages de beaufs en résistant à l'envie de tuer les gens quand ils font tourner les serviettes... J'en ai fait des boulots ingrats tu vois, je suis capable de tout !
Après, quand je suis devenue grande, j'ai commencé à travailler dans des trucs que j'aime, genre des journaux. Alors bon, au début, je me suis tapé les trucs nases, tu vois, genre, les vieux pendant la canicule, les conseils municipaux, le fête du boudin... mais ensuite je suis montée en grade et j'ai interviewé de la star un peu, rencontré des vrais hommes politiques, rédigé des articles de fond etc... C'est pas mal ça non ? Sérieux, ça en jette pour une gonzesse de 25 ans ?
Alors tu me diras, ouai c'est bien joli tout ça, mais pourquoi elle veut venir bosser chez moi celle là ? Bah, soyons honnête, toi et moi on le sait bien, la vie c'est pas gratuit, faut manger, faut payer le loyer, faut acheter des pairs de pompes, des clopes, tout ça, et pour ça faut de la thune, et j'ai cru comprendre que si je bossais pour toi je pourrai éventuellement en obtenir, quelle coïncidence dis donc ! Oui, ma première motivation c'est l'argent, sans déconner quoi! Toi, tu va pas me faire croire que tu as monté ta boîte juste pour le plaisir de faire tourner l'économie française, payer des charges à la con et embaucher des relous syndicalistes hein ! On le sait, Coquinou, que tout ce que tu fais c'est pour la thune, on en est tous là !
Après, je pourrais te dire que bosser pour toi ça serait super cool, parce que ta boîte elle cartonne, le job que tu propose c'est le rêve de ma vie tout ça, mais à vrai dire, on s'en cogne. J'ai pas forcément envie d'être tourneur-fraiseur-derviche (rires), mais j'ai envoyé ma candidature quand même parce que ça paye. Tout le monde n'a pas forcément envie de passer sa vie à répondre au téléphone de Monsieur Machin, mais les gens le font parce que ça rapporte des sous à la fin du mois. Alors cessons un instant de jouer les hypocrites et de nous renifler le cul comme deux clébards et allons droit au but comme l'OM, j'ai besoin de sous, t'as besoin de personnel, je pense qu'on est fait pour s'entendre.
Ce que je te propose, mon chou, c'est que tu m'envoie mon contrat par mail, je te le renvoi signé et on se voit lundi à 9h pour mon premier jour, OK ?
Allez, je te salue cordialement tout ça...Oh et puis merde, on se fait la bise, maintenant qu'on est de la même et belle famille de l'entreprise, et je te dis à lundi, hein!
Bisoux bécots !
Leeloo.
Avec une lettre comme ça, je suis sûre que j'en trouverai du boulot, en tout cas, moi je m'embaucherai direct !
2 va-nu-pieds ont osé répondre:
C'est clair ! Moi aussi je t'embauche.
Tu devrais en écrire une comme ça. Au nom de l'humour.
J'avais bien envoyé une lettre de motiv' à Panzani pour leur dire "j'ai pas d'expérience dans la pub mais j'ai tellement d'idées à la con que je suis sure que je peux vous faire passer toutes les semaines dans Culture Pub et créer le buzz tavu" alors pourquoi pas !
Vas-y au culot !
En tous cas, comme toujours, ça fait plaisir de te lire.
PS : Il est important de souligner que le jour où j'ai écris ce post, j'ai eu un entretien d'embauche et trouvé un job de rédactrice... Comme quoi, le mode ras-le-bol desfois, ça aide !^^
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